Texte lu par Franck
Mon père est né le 27 octobre 1947. Sa fête tombe un 7 octobre. Il s’est marié un 17 avril 1971. Vous me direz que le 7 résonne fréquemment. Du coup, ce chiffre fétiche m’inspire et me fait penser aux 7 merveilles du Monde, aux 7 jours de la semaine, aux 7 notes de musique, aux 7 mercenaires et aussi aux 7 péchés capitaux.
Finalement, je me dis que les 7 péchés capitaux lui vont bien. Pourquoi me direz-vous ?
En effet, comme il a déjà été raconté, il garde un mauvais souvenir de ses cours de catéchisme. Puni par le curé, il dut maintenir la posture à genoux pendant des heures. Cette sentence fut fatale quant à son lien avec l’église et même avec toutes les religions.
Toutefois, les péchés capitaux, il s’en est approché de très près. Un jeu de séduction a démarré et a duré toute sa vie. Il est l’heure de faire l’inventaire !
La gourmandise, tout d’abord ! Tous ceux qui participé à un repas avec lui se souvienne de son coup de fourchette. Ses résultats médicaux aussi. Le cholestérol et le diabète furent aussi ses compagnons de route. Quand après un régime “forcé”, ses analyses demeuraient meilleures, il allait fêter ça au 17 - tiens encore un « 7 » - chez Bernard avec une assiette de charcuterie et une bonne bouteille de vin.
Les copains aussi qui ont vécu les soirées Beaujolais gardent un excellent souvenir de moments orgiaques. Idem pour ceux qui ont profité de ses grillades et autres recettes avec sa plancha qu’il allumait avec joie dès que l’occasion se présentait. La gourmandise était une joie à ses yeux et un plaisir pour son estomac!
Le plaisir est péché quand il devient luxure. Parlons-en. Là aussi des souvenirs reviennent quand vous et moi avions passé des soirées à l’Embassy Club, au restaurant les Belles Années ou à la Frégate ou dans bien d’autres endroits encore. Il aimait danser, crier et chanter au son des boîtes de nuit et d’autres DJ. Il aimait aussi ces moments dans les soirées où l’alcool aidant, ses mains allaient se balader et palper les poitrines opulentes de femmes complices.
Après ces excès de fête et de repas, il fallait bien se reposer. Ainsi, il connaissait des moments de paresse. Des moments où il mettait son ventre et son foie au repos. N’oublions pas que les examens médicaux revenaient tous les ans comme on attend le Printemps même s’il préférait revoir les fleurs de son jardin bourgeonner que le docteur.
Sa paresse provoquait, notamment depuis sa retraite, des moments d’accrochages car le bricolage et le rangement n’étaient pas son fort. Il trouvait normal d’avoir, dans son salon, un espace dans le meuble télé pour entreposer des tournevis, un mètre et un marteau.
Quand les chantiers étaient trop importants, mes parents appelaient Christian à la rescousse qui débarquait avec ses bagages, ses outils et du Rosé des coteaux varois. Mon père trouvait ainsi la motivation nécessaire pour démarrer le chantier tout en ayant pour but que celui-ci se termine par une bière bien fraîche accompagnée d’un bout de saucisson. Les deux compères narraient les étapes de leurs chantiers et les péripéties rencontrées où se mêlaient erreurs de l’un ou de l’autre et les disputes occasionnées. Parce qu’il faut quand même le dire que mon père s’énervait assez vite. J’ai oublié de vous dire que les fameux examens médicaux décelaient aussi de la tension artérielle. Aujourd'hui, son dossier médical n’a plus de secret pour personne.
Cette tension, abordons le sujet, est le fruit de la colère. Il était impatient devant le meuble à monter.
Lire le mode d‘emploi et pourquoi faire ?
La vis qui ne voulait pas rentrer dans le bois. Et, bien il faut forcer, ça va rentrer !
Et là, le meuble qui casse...
Il pensait monter une armoire normande alors que c’était juste un meuble en aggloméré acheté à bon prix chez Ikea. Quand vous étiez son complice, pour ne pas dire son commis, vous deviez trouver les bons moments, les bons mots et les bons conseils pour intervenir sinon vous subissez son courroux.
En parlant de commis, je me souviens encore, à l’époque où mes parents venaient d’acheter la maison à Fleury, il nous envoyait, Ivan et moi aller chercher des sacs de ciment à Leroy Merlin à la Croix-Blanche alors que nous revenions du boulot. Aller chercher des sacs de ciment dans une fin de journée d’hiver, donc de nuit et en chaussures de ville et en pantalon, c’était pas les moments les mieux choisis pour nous, ni pour nos habits, ni pour nos coffres de voiture. Ses colères pouvaient laisser apparaître une forme de domination voir de prétention mais il n’en n’était rien.
Des sept péchés capitaux, s’il n’y en a un avec lequel il n’était pas proche, c’est bien l’orgueil. Mais, en y réfléchissant un peu plus, quelque part si. Il peut s’enorgueillir d’avoir été fidèle en amour et en amitié.
En amour, oui, la preuve est implacable avec un mariage civil et religieux. Nous ne sommes plus à un paradoxe près avec son vécu auprès des hommes d’église. Donc, un mariage célébré le 17 avril 1971 et des noces de 50 ans fêtées avec joie et bonne humeur et un cadeau ô combien inattendu pour ma mère avec l’arrivée de Savannah.
Fidèle aussi en amitié comme je le disais. La preuve aujourd’hui pour les personnes présentes et ceux qui nous ont adressé un gentil message de soutien et partagé des souvenirs affectueux. On dit souvent que l’amitié se juge dans le temps. Mon père a des exemples à la pelle. Des amis depuis les années 90 avec les Duchoux, dont Eric, son ancien collègue chez Citroën Morsang.
Bien entendu Christian, qui avant d’être un bricoleur émérite à la retraite était son collègue chez Renault Hippeau où il était chef des ventes Occasions. Déjà un pied dans la brocante et le bricolage, mon Christian !
Il arrivait même à se lier d’amitié avec les collègues de ma mère de Renault Come & Bardon, à Viry-Châtillon avec Eric Vantrimpont, dit Eric le belge, mais rien à voir avec le mafieux quoiqu’il eût lui aussi son gros calibre mais je garde ces anecdotes pour des moments plus informels si vous voulez les entendre.
Avec Pascal, qui après s’est marié avec Corinne, une basque, est parti vivre dans la région du piment d’Espelette. Mais l’éloignement n’a pas coupé les ponts. Je garderai un dernier souvenir lors de la visite surprise de Pascal pour les 78 ans de mon père. Il avait été beaucoup ému. Cette rencontre a marqué le retour du Colonel. Pas le gradé ! mais le cocktail.
Il y a encore beaucoup d’exemples de belles et longues amitiés avec José, Martine rebaptisé Caroline, les Daniel & Danièle et d’autres que j’oublie surement.
Son amitié, il l’offrait aussi à nos amis. Il était très généreux dans ce domaine et pas du tout exclusif. Les amis de mes amis sont mes amis ; cela lui ressemble beaucoup.
Cette générosité, me direz-vous va contraster avec le péché que je dois aborder, à savoir l’avarice. Il était avare en éloge certes plus par pudeur et peur d’être maladroit.
En revanche, pour le business, il l’était.
A forte raison d’ailleurs ! C’était un vendeur automobile !
Il a connu les belles époques quand on y repense. Les restaurants quasiment tous les midis, les portables qui n’existaient pas encore pour plus de liberté, les challenges où tu gagnais des voyages dans des clubs 4 étoiles et des chèques cadeaux à foison et net d’impôt de surcroit !
L’URSSAF n’était pas encore passé par là !
Les années avec les juppettes et les balladurettes qui permettaient de booster les commandes et d’atteindre des performances stratosphériques !
Pour y arriver, il fallait avoir chasse gardée sur ses clients. Aussi, ses anciens collègues se remémorent encore ses prises de bec quand il était chez Citroën Morsang avec l’un de ses collègues dont le prénom était notre nom. Par malice, il entretenait la confusion avec les clients et se faisait passer par mon père quand ces derniers repassaient à la concession pour signer le bon de commande tant convoité. Le matin, lors des rapports, il y a eu des réglages de phare en bonne et due forme avec le perfide collègue.
Ma mémoire frappe encore à ma porte et me remémore ce fameux jour où accompagné d’Ivan, ils trouvèrent sur le sol une liasse de billets accompagnés de tickets restaurant. Ni une ni deux, mon père se bassa pour ramasser les billets et offrit les tickets resto à Ivan en lui faisant comprendre qu’il avait plus besoin des billets que lui.
Si vous avez bien écouté et compté, vous savez qu’il me reste un péché : l’envie. Finir par celui-ci n’est finalement pas anodin.
L'envie ça oui, il l’avait en lui.
L’envie de faire plaisir, de partager, d’offrir des moments conviviaux, des fêtes, des repas, des rires, des blagues. Il avait l’envie que l’on rejoigne dans ses folies et ses délires.
Que celui ou celle qui se souviennent de voir mon père derrière les platines lors des soirées dansantes, ont vu leurs tympans souffrir à cause d’une sono bien trop forte par moment.
Il était un et tous ces péchés à la fois. Nous-mêmes, avouons-le, nous côtoyons et aimons se rapprocher de ces 7 vices fantastiques.
Il assumait car il était authentique et nous l’aimions pour ça.